TDAH : une nouvelle étude interroge le mode d’action du méthylphénidate
Une étude récente apporte un éclairage inédit sur le fonctionnement des traitements stimulants prescrits dans le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Contrairement à l’hypothèse longtemps admise, le méthylphénidate n’agirait pas directement sur les circuits cérébraux de l’attention, mais plutôt sur l’éveil, la vigilance et les mécanismes de la récompense.

Une publication qui bouscule les idées reçues
Publiée le 9 janvier 2026 et mise à jour le 16 janvier 2026, cette analyse, relayée et décryptée par le site Hyper Supers, s’appuie sur des travaux, parus dans la revue Cell.
Les auteurs remettent en question l’idée selon laquelle les psychostimulants amélioreraient l’attention en « réparant » directement un déficit attentionnel. Leur hypothèse : l’amélioration clinique observée chez les personnes avec un TDAH serait avant tout liée à une optimisation de l’état d’éveil et de la motivation.
Une méthodologie en deux volets
L’étude combine deux approches complémentaires :
Une analyse à grande échelle de données d’IRM fonctionnelle au repos issues de la cohorte Adolescent Brain Cognitive Development (ABCD), portant sur plus de 11 000 enfants âgés de 8 à 11 ans. Parmi eux, 5 795 ont été analysés, dont 337 enfants diagnostiqués TDAH et traités par différents psychostimulants.
Un essai expérimental très fin chez cinq adultes sains, ayant reçu une dose unique de méthylphénidate (40 mg), avec des examens IRM fonctionnels détaillés.
Des résultats clés
Les principaux enseignements de l’étude sont les suivants :
Pas d’effet direct sur les réseaux classiques de l’attention : les stimulants n’augmentent pas la connectivité des réseaux attentionnels habituellement impliqués (comme le dorsal attention network).
Un effet marqué sur l’éveil et la vigilance : les modifications observées concernent surtout des régions associées à l’éveil, proches des systèmes noradrénergiques.
Une action sur les circuits de la récompense et de la motivation : des changements significatifs apparaissent dans des réseaux liés à la dopamine (salience network, réseaux de la motivation), favorisant l’engagement dans la tâche.
Un effet comparable à un bon sommeil : les patterns de connectivité sous stimulant ressemblent à ceux observés chez des personnes bien reposées. Chez des enfants fatigués, le traitement corrige certains marqueurs du manque de sommeil et améliore les performances scolaires.
Comment interpréter ces résultats ?
Les auteurs concluent que les stimulants ne « renforcent » pas directement l’attention, mais qu’ils rendent le cerveau plus éveillé et plus sensible à la récompense. Cette modification secondaire permet une meilleure persistance dans l’effort, notamment face à des tâches peu motivantes.
Autrement dit :
moins de somnolence,
plus d’énergie cognitive,
une meilleure capacité à s’engager,
sans amélioration directe des circuits attentionnels eux-mêmes.
Des implications cliniques importantes
Cette étude invite à repenser le paradigme du traitement du TDAH. Elle rejoint des hypothèses formulées dès les années 2000, notamment en France, suggérant que le TDAH pourrait, au moins en partie, être un trouble de l’éveil. Elle fait également écho à plusieurs modèles explicatifs reconnus (inhibition motrice, aversion au délai, rôle du mode par défaut), ainsi qu’à l’importance centrale du sommeil dans l’expression des symptômes.
Les auteurs alertent toutefois sur un point de vigilance : les stimulants peuvent masquer une privation de sommeil sans en traiter la cause. Les effets à long terme d’une stimulation chronique de l’éveil restent encore insuffisamment documentés.
Sources
Article de synthèse et d’analyse : Hyper Super
Étude scientifique originale :
https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S009286742501373X
Un travail qui ouvre des perspectives intéressantes, tout en rappelant la nécessité d’une approche globale du TDAH, intégrant sommeil, rythme de vie, environnement et accompagnement psycho-éducatif.

